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IVAN VIRIPAEV

Juillet

Premier texte de la trilogie dramatique DISPARITION

traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel



Texte à interpréter (extrait)

Secteur A

Une maison a brûlé, dans la maison, deux chiens.
La première, noire, une chienne, bâtarde, l'autre, un chien de berger, un mâle de six mois. Les tenais bouclés tous les deux dans la remise, pour qu'ils se carapatent pas, le temps que je finisse de poser la clôture autour de la maison, me restait à peine plus de cinq mètres de fil de fer à tirer, et tout était prêt, mais voilà, un incendie, et la maison qu'a brûlé comme un bout de carton en pas vingt minutes, et la remise, et les chiens, et tous les biens accumulés pendant de longues années, et tous les papiers, et tout l'argent, et tous mes projets d'avenir, tout qu'est plus rien que de la cendre grise, plus rien, reste rien que moi et le mois de juillet, au milieu de qui toutes ces foutaises sans pitié me sont tombées dessus.
Maudit sois-tu, foutu juillet, sois maudit, mois de juillet, jusqu'au bout de l'éternité!

J'ai demandé à Nikolaï, mon voisin, : « Kolia, tu me laisses pieuter chez toi juste deux mois, juste le temps que je rassemble tous les papiers pour l'asile de Smolensk ? Juste deux mois, et après, une fois que tous mes certificats et mes cartes sont refaits, je partirai aussi sec "en résidence" à la maison de dingues de Smolensk, ça je te promets, et je te jure devant Dieu, que je traînerai pas, chez toi plus de deux mois ». Mais Kolia, mon voisin, retraité-mange-merde de profession, m'a couvert d'insultes trois fois de suite, à travers, sa clôture en piquets, m'a même pas laissé passer dans sa cour, du coup me voilà planté au milieu de la rue tout couvert de la tête aux pieds par ses saloperies, alors, que j'ai, pour lui, il y a pas six mois de ça, mendié pour lui auprès de notre chef de localité, un câble en acier, pour que, le clebs de Kolia, puisse, attaché à une chaîne accrochée au câble, qu'on a tiré à travers toute la cour, courir, et protéger les petites affaires, dont personne a rien à faire, de ce merdeux. Et voilà que j'y suis allé et tout organisé, et on m'a même donné le câble, ce dont j'ai jamais douté, alors qu'à Kol'ka, ce suce-merde, personne et jamais, lui donnerait même pas un clou, surtout pas notre chef de la localité, qui a une chiasse couleur de lilas qui lui coule du cul, rien qu'à la simple apparition de Kol'ka à portée du regard, du chef de notre localité. Alors à cause de l'humiliation qui m'avait submergé, à cause de l'injustice, et à cause des insultes à mon égard de la part de ce connard, alors, j'ai sauté par-dessus son portail à moitié tout pourri, entré sans frapper, dans la maison, surpris ce verse-merde au beau milieu de la cuisine une assiette vide à la main, il allait vers la casserole sur la cuisinière, chercher sa soupe, attrapé sur la table la première chose qui me tombe sous la main, et j'y ai enfoncé le couteau, pile entre les lèvres de ce verse-merde, en lui trouant sa bouche carrément jusqu'au cou, pour qu'il, ce salaud, ne puisse plus avec semer des jurons, à tort et à travers, et puis encore, l'ai achevé avec le pied d'un tabouret, pour qu'il, renonce à jamais, à vexer celui, qui l'a aidé, et sorti des mauvais passes, et a mendié, pour son clebs, auprès du chef de notre localité, ce câble en acier, qui m'est resté en travers de la gorge, et qui m'a bouffé jusqu'à mes derniers nerfs, dont personne à rien à faire, à part feu Nikolaï, qui n'a pas vécu jusqu'à son jubilé, et dont personne à rien à faire, à part lui, et lui, maintenant l'en a plus rien à faire non plus.

Dès le deuxième jour, après que j'ai enterré, Nikolaï, trucidé par moi, dans sa propre cave, le clebs dans la cour, attaché à la chaîne accrochée à mon câble en acier, s'est mis à couiner, alors que je le nourrissais tout le temps, alors que je lui jetais de bons morceaux par la fenêtre mais apparemment, ce clebs, il a senti quelque chose dans son coeur de bête et il s'est mis a s'ennuyer de son maître. Et comme, pendant tout ce temps, j'étais caché dans l'izba de Kol'ka, sans donner aucun signe de ma présence, il était clair, que les hurlements de cette saleté de clebs, m'arrangeaient pas du tout, mais puisque la bête, inlassablement hurlait et hurlait, et avait pas l'intention de se calmer, alors voilà, j'ai été obligé, de lui filer un peu de viande mélangée à du verre pilé, si bien que dès le début de la soirée il vomissait du sang devant sa niche, et le matin du lendemain, l'était allongé dans le coin le plus éloigné de la cour, comme si j'y avais commandé, pour que personne puisse le voir de la rue, l'était allongé au fond de la cour tout raide, comme doit l'être un cadavre. Et moi je pouvais toujours pas me décider, est-ce que je dois quitter la maison de Kol'ka, et me diriger vers Smolensk pour chercher les papiers, pour l'asile, ou attendre encore un peu, le temps que tout ça se tasse, et le temps que s'arrête dans ma tête la cloche à vache, qui depuis deux semaines, sonne et sonne, dans la région de mon oreille droite, et arrive à sonner carrément jusque dans ma nuque chauve ?
Ainsi, soit maudit, mon détestable ennemi, salaud de juillet!

Le cinquième jour de mon séjour secret chez le défunt Nikolaï, des gamins du voisinage ont pointé leur nez juste devant les fenêtres, derrière la clôture en piquets, je suppose, envoyés par leurs parents, pour se renseigner, i1 serait pas malade des fois, le grand-père Kolia, que ça fait un peu longtemps qu'on l'a pas vu ? Et là, je me suis chié dessus parce que, si un des petits bonhommes qu'étaient venus au renseignement, il rentrait, chez moi, à l'intérieur de l'izba du défunt Kolia, j'y aurais alors, en douceur, bam et dans un sac, étranglé et affaire conclue. Me serais débarrassé du petit sac avec le petit corps en le jetant à la cave sur la poitrine morte du grand-père Kolia, et moi-même j'aurais le temps d'attraper le car de sept heures sur l'autoroute, et le temps qu'on se mette à chercher l'enfant, le temps qu'on hurle et qu'on pleure, je m'avancerais tranquillement par le car de ligne vers Smolensk-même, sauf que là, ces petits diables, ils étaient carrément six, et tous, comme fait exprès, de sexe et d'âge différents, si bien qu'il m'était pas possible d'avoir le dessus, et il fallait d'urgence prendre une décision : ou bien la cave, chez Nikolaï le saint-cadavre, ou bien à travers les potagers vers l'autoroute prendre le car de ligne pour Smolensk qui passe pile à sept heures?

Que faire ?



 




Actant
L'interprète du texte est une femme.
Remarque
Une femme entre sur scène. Elle est entrée uniquement pour interpréter ce texte.
Note
Par convention, l'espace dans lequel se déroule l'interprétation du texte est divisé en quatre secteurs: A, B, C, D. Comme il a été dit, cette division est assez conventionnelle, elle peut se matérialiser physiquement (avec des lignes, des paravents ou autres éléments de décor), comme de manière invisible pour le spectateur (c'est-à-dire seulement dans la tête de l'interprète). La division en secteurs est une condition obligatoire pour l'interprétation. Un texte défini est interprété dans un secteur défini. Autrement, on peut pas.






viripaev

Ivan Viripaev, 2006








juillet

Juillet (Iyoul) LECTURE EXTRAIT 7 mn
texte Ivan Viripaev - 2006
traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel


Festival TEMPS DE PAROLES
Comédie de Valence - CDNDA
23 janvier 2010


 


viripaev

Ivan Viripaev
auteur, acteur, metteur en scène, réalisateur
né à Irkoutsk (Sibérie) en 1974


x notice biographique


 
 


ebook

Illusions
texte Ivan Viripaev - 2011
traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel


eBook LIVRE ELECTRONIQUE
cote NOVAIA : NRU 104






Comédia
texte de Ivan Viripaev - 2010
traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel


x Extrait de la traduction française






Danse "Delhi"
texte de Ivan Viripaev - 2009
traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel


Collection Bleue / 112 pages
Date de parution : Mars 2011
ISBN 978-2-84681-308-2




solitaires

Genèse N°2
texte de Ivan Viripaev - 2004
traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel


Collection Bleue / 64 pages
Date de parution : Juin 2007
ISBN 978-2-84681-204-7




novaia-russe

Oxygène (Kislorod)
texte de Ivan Viripaev - 2002
traduction E.Gravelot, T.Moguilevskaia, G.Morel


Collection Bleue / 96 pages
Premier tirage : Mai 2005

Deuxième tirage : Mars 2011
ISBN 2-84681-129-6




ebook

Le jour de Valentin
texte Ivan Viripaev - 2001
traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel


eBook LIVRE ELECTRONIQUE
cote NOVAIA : NRU 81




novaia-russe

Les Rêves
texte de Ivan Viripaev - 2000
trad. Elisa Gravelot, Tania Moguilevskaia, Gilles Morel


Collection Bleue / 96 pages
Premier tirage : Mai 2005

Deuxième tirage : Mars 2011
ISBN 2-84681-129-6


 
 


juillet

Juillet (Iyoul)
texte Ivan Viripaev TRADUCTION
mise en scène Lucie Berelowitsch - 2009


prod. Cie Les 3 sentiers /
Le Trident - S.N. Cherbourg-Octeville
Théâtre de Vanves - 7 & 8 mai 2010
La filature S.N. Mulhouse - 11 & 12 mai 2010




lipiec

Lipiec (Juillet) TRAD. POLONAISE
texte et mise en scène
Ivan Viripaev - 2009


prod Teatr Na Woli
Varsovie
création septembre 2009




juillet

Iyoul (Juillet)
texte Ivan Viripaev
mise en scène Viktor Ryjakov - 2006


créé le 23 novembre 2006
coproduction Théâtre Praktika /
Agence "Mouvement Oxygène" Moscou


 
 


illusions

Illusions
texte & mise en scène
Ivan Viripaev - 2011


prod. Théâtre Praktika Moscou
création 02 octobre 2011




comedia

Comedia
texte et mise en scène
Ivan Viripaev - 2010


prod. Théâtre Praktika Moscou
création 15 octobre 2010




danse delhi

Danse "Delhi"
texte Ivan Viripaev TRAD. POLONAISE
mise en scène Ivan Viripaev - 2010


prod Théâtre National
Varsovie
création 05>11 mars 2010




expliquer

Expliquer
d'après les poèmes d'Abaï Kunanbaev
mise en scène Ivan Viripaev - 2008


production Mouvement Oxygène
festival NET
au Théâtre Ecole de la Pièce Contemporaine




genesis

Genesis N°2
de Antonina Velikanova & Ivan Viripaev
mise en scène Viktor Ryjakov - 2004


teatr.doc Moscou
Theater der Welt, Allemagne




kislorod

Kislorod (Oxygène)
de Ivan Viripaev
mise en scène Viktor Ryjakov - 2002


teatr.doc Moscou




les reves

Les Rêves
texte et mise en scène
Ivan Viripaev - 2000


festival est-ouest Die - sept 2001
Mois du théâtre russe à Paris
au Théâtre de la Cité Internationale - dec 2002


 
 


reves

Les Rêves
texte Ivan Viripaev TRADUCTION
mise en scène François Bergoin - 2011


CREATION prod. Théâtre Alibi
à La Fabrique Bastia
création janvier 2011




juillet

Juillet (Iyoul)
de Ivan Viripaev TRADUCTION
mise en scène Lucie Berelowitsch - 2009


prod. Cie Les 3 sentiers
Le Trident S. N. de Cherbourg-Octeville
Théâtre de Nice - 06 > 07 janvier 2010




valentin

Le jour de Valentin
de Ivan Viripaev TRADUCTION
mise en scène Antonia Malinova - 2009


prod. Cie Sang et Chocolat
Lilas en Scène - Porte des Lilas Paris - 12 > 15 juin 2009
Pulsion Théâtre Avignon - 8 > 31 juillet 2009




genese

Genèse N°2
de A.Velikanova & I.Viripaev TRADUCTION
mise en scène Galin Stoev - 2006


coproduction FINGERPRINT Bruxelles /
Theâtre de la Place Liège
festival AVIGNON 2007




oxygene

Oxygène (Kislorod)
de Ivan Viripaev TRADUCTION
mise en scène Galin Stoev - 2004


festival Passages Nancy - mai 2005
festival TransAmériques Montréal - mai 2008
REPRISE Comédie de Genève - mars 2010


 
 


stoev

Galin Stoev
metteur en scène
né à Varna (Bulgarie) en 1969


x notice biographique


 
 


temps de paroles

Temps de paroles
De l'empire soviétique
à la Russie - 2010


Comédie de Valence
CDNDA
janvier 2010




passages

Passages
9e édition du festival des théâtres
de l'est de l'Europe - 2005


coordination artistique programme russe
Tania Moguilevskaia & Gilles Morel
mai 2005




moscou

Moscou sur scène
Mois du théâtre russe
à Paris - 2002


coordination artistique
Tania Moguilevskaia & Gilles Morel
decembre 2002


 
 


kislorod

Kislorod (Oxygène)
scénario et réalisation
Ivan Viripaev - 2009


Film Fiction - 75 min - 35 mm
Production "Ded Moroz" - Moscou
PRIX REALISATION KINOTAVR 2009




crush

Court-circuit (Korotkoe zamykanie)
réal. Piotr Bouslov, Ivan Viripaev, Alexei Guerman Jr.
Kirill Serebrennikov, Boris Khlebnikov - 2009


Film Fiction - 92 mn - 35mm
Production Studio "Slon"
avec l'aide du Min. de la Culture de Russie




meilleur

Le meilleur moment de l'année
scénario Ivan Viripaev
réalisation Svetlana Proskourina - 2007


Film Fiction - 93 min - 35 mm
Production Studio Gorki
& KinoPTOBBA - Moscou




euphorie

Euphorie (Euphoria)
scénario & réalisation
Ivan Viripaev - 2006


Film Fiction - 73 min - 35 mm
Production "First Movie Partnership"
& Film Studio "2Plan2" - Moscou




boomer 2

Boomer 2 (Bumer 2)
scénario Piotr Bouslov, Denis Rodimine, Ivan Viripaev
réalisation Piotr Bouslov - 2006


Film Fiction - 115 min - 35 mm
CTB, Pygmalion Production - Moscou
Russian box office hit in 2006


 
 




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